Fabien Menot, un artiste peintre amoureux de Port de Bouc

Né au Bourget (Seine Saint Denis) le 18 juin 1885, ce professeur d’arts plastiques de Gennevilliers est un ami proche de René Rieubon, maire de Port de Bouc de 1944 à 1990. C’est au début de l’année 1951 que l’artiste rencontre l’élu par l’intermédiaire d’un autre grand nom de la vie locale, Pierre Santoru.

Fils d’un cheminot, il avait lui-même exercé la profession d’ingénieur en plomberie dans le bâtiment avant de vivre de sa peinture. Il devient alors le directeur de l’école de peinture du comité d’entreprise du constructeur automobile Renault à Paris. Fabien Menot est aussi membre du comité directeur de l’Union des Arts Plastiques et sociétaire du Salon des Indépendants à Paris.

 

Installé à Vésiney (1951-52), il ne cesse de faire des allers-retours dans le Sud pour y trouver des sources d’études plastiques. Avec Odette, sa femme et artiste en broderie fine, il cherche à produire des œuvres proches de la réalité humaniste ouvrière de l’époque. Soutenu par la commune, il réalise des fresques à la mairie, dans les écoles, pour les structures publiques.

Amoureux de la Provence, il peint des scènes de vie plus champêtres à l’image du folklorisme ou des arts de la rue. Ainsi, l’école Josette Reibaut, la maternelle de la Lèque, le centre social qui porte son nom seront ornées de ses thématiques. Malheureusement de nombreuses toiles ont aujourd’hui disparu mais les habitants conservent le souvenir de ces scènes de cirque avec des clowns, des chevaux et acrobates aux coloris chatoyants peints en 1954 sur le mur du préau de l’école Josette Reibaut. Au centre social, une toile présente la Camargue : gardians, taureaux, danseurs, partitions de musique sont autant d’éléments stéréotypés du village provençal qu’imagine l’artiste. C’est l’amoureux du Félibrige qui laisse s’exprimer son sentiment à travers la toile.

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Portrait de pêcheur, inv. 2011.19, fonds archive communales, section Z.

Ce goût pour les scènes de vie se traduit aussi sur les toiles conservées au secrétariat des élus de la commune avec des tableaux intitulés « la musique », « la guinguette » ou « la terrasse ». La foule y est représentée comme une masse légère et colorée. La lumière et les tons chauds finissent par envahir la toile. Le bal populaire ou le café y sont perçu comme des lieux de vie colorés et enthousiastes.

En 1952, Fabien Menot s’installe enfin dans le Sud qu’il aime tant. Il habite à La Garde Freinet dans le Var où il acquiert une vieille magnanerie. Plus tard, il aménage un atelier à Tanneron. C’est à cette période qu’il rencontre Martin Gray et devient le professeur d’art plastique de sa femme, Dina, qui succombera peu de temps après dans un terrible incendie.

En 1957, l’escalier et la salle des mariages de l’Hôtel de Ville sont décorés des peintures murales sur toiles marouflées de l’artiste. Les toiles de chanvre, directement collées aux murs, représentent des scènes ouvrières particulièrement représentatives de la vie port de boucaine : les dockers de Caronte, le pêcheur au calen dans le canal de Martigues, les cales des chantiers navals et enfin un paysage montrant le quartier de la Tranchée.

Peintre des ouvriers, il s’efforce de rendre compte du travail des hommes des Chantiers et Ateliers de Provence, des marins, des pêcheurs de Port de Bouc. A l’issue de ce labeur, un recueil de ces dessins parait  et s’intitule : « A la gloire des simples gens de chez nous ». Ce livret est préfacé par François Billoux, ancien ministre et député des Bouches Du Rhône. Il y présente notamment des portraits reconnaissables des anciens de la ville. Ces noms, ces surnoms en voici quelques-uns : Marius Galetta, dit COUCOU, l’un des plus populaires pêcheurs de la commune ; Jean Benson, Bruno Valentin, Aparicio des ouvriers des Chantiers et Ateliers de Provence, Médina du port de Caronte, Pierre Gogioso et Baret, marins pêcheurs….

Engagé politiquement dans les actions de luttes ouvrières, il s’émeut de la situation précaire dans laquelle vit encore une partie des habitants de la commune dans les années 1950. Il dessine les ruelles des bidonvilles et le plateau de la Tranchée. Il y oppose les constructions nouvelles, images de l’action du conseil municipal communiste de René Rieubon, comme les constructions du vélodrome et des écoles. Témoin de l’accident de l’usine saint Gobain en 1950, il accompagne le renouveau en dessinant les rues ayant soufferts de l’écoulement d’acide, en portraiturant quelques habitants et les structures de l’usine.

Ce travail est largement félicité par Jean Pierre, critique d’Art dans les « lettres françaises ».

Quelques années après avoir quitté la ville du Tanneron on retrouve trace de Fabien Menot à Grasse sur le quartier de Magagnosc (1962-63). Son atelier se trouve alors « chemin de la bastide ». Sans enfants, les deux artistes s’éteignirent en 1975 à quelques jours d’intervalle sans jamais avoir résidé sur la commune de Port de Bouc, ville de cœur de ces deux artistes.

 

Céline Felices

Technicienne d’art, service patrimoine de la ville de Port de Bouc

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Dessin préparatoire, chantiers de construction navale de Port de Bouc, Fabien Menot.

Tous droits réservés. Archives de Port de Bouc.

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Les chantiers navals, salle des mariages, hôtel de ville de Port de Bouc, inv. 2011.09.