Le château Saint Gobain, un lieu aux multiples vies

 
Vue aérienne sur le domaine Saint Gobain vers 1955-60, archives d'entreprise société Saint Gobain, photographie aérienne R. Durandaud, Paris.

Vue aérienne sur le domaine Saint Gobain vers 1955-60, archives d'entreprise société Saint Gobain, photographie aérienne R. Durandaud, Paris.

Plan de construction en élévation, maison de direction de l'usine de Port de Bouc, archives d'entreprises, société Saint Gobain.

Plan de construction en élévation, maison de direction de l'usine de Port de Bouc, archives d'entreprises, société Saint Gobain.

Suite à l’installation des usines St Gobain sur la zone des Aigues Douces de Port de Bouc en 1916, après achat d’un terrain de 28 ha au Comte Gustave marie le Goarant de Tromelin, propriétaire depuis 1899, et à la construction de la voie ferrée en 1922 pour relier directement les établissements industriels de la Société aux lignes de chemin de fer nationales, la « Villa du Directeur », aussi appelée en son temps « Villa Aigues Douces » et plus connue aujourd’hui sous l’appellation « Château Saint Gobain » a été construite en 1924.

Idéalement placé en bord de mer, surplombant un paysage minéral et végétal, le château St Gobain a connu trois périodes historiques essentielles : 1924-1963, 1963-2010, 2010 à nos jours.

1924-1963  La maison des directeurs de l’usine de St Gobain, Chauny et Cirey

 

Avant que la ville de Port de Bouc n’acquière le Château St Gobain en 1963 pour 260 000 Nouveaux Francs, celui-ci est la maison des directeurs de l’usine locale de St Gobain.

  1. Caractéristiques architecturales

 

Les rapports d’estimation datés du début des années 1960, nous apprennent que la maison comprend à l’époque « un bâtiment d’habitation principal élevé de deux étages sur rez-de-chaussée surélevé, sur caves, avec façade principale orientée au sud et la maison du concierge, petite construction d’un rez-de-chaussée et un grand jardin formant parc, avec court de tennis […] dont l’accès se fait par un portail en fer forgé à deux vantaux. […] une allée de tilleuls conduit jusqu’à une esplanade […] et onze platanes agrémentent cette esplanade. Derrière la villa se trouve un jardin planté de vigne, cultures potagères et arbres fruitiers avec plusieurs haies de cyprès protégeant le jardin contre le vent ». Ces documents précisent également la répartition exacte des pièces à vivre et la présence de sols en tomettes rouges avec cheminées de marbre, dont l’essentiel a aujourd’hui été conservé.

Les caractéristiques architecturales du Château St Gobain dont l’ensemble est constitué de pierres blanches apparentes régulièrement taillées, sont symptomatiques des constructions domaniales du pourtour de l’étang de Berre. La maison est flanquée d’une terrasse avec pergola, balustrade et piliers de briques pleines à la manière des villas antiques méditerranéennes. De même l’association générale de briques rouges (sur les linteaux, trumeaux des fenêtres…etc) et de moellons apportant une cohésion chromatique et structurelle visuelle à l’ensemble que vient renforcer une toiture en tuiles rondes à deux pentes, souligne l’intérêt de l’architecte pour les constructions romaines classiques et le soin apporté à l’élaboration de l’ensemble dont la silhouette générale évoque la physionomie horizontale et basse des bastides provençales et la majesté des tours castrales.

 

  1. Faits marquants de la période

La vie de la demeure, durant cette période, n’est pas exempte de péripéties.

Elle est réquisitionnée et occupée dès 1942 par les troupes allemandes qui y installent le commandement des troupes côtières en prévision du débarquement allié en Provence, avant d’être à nouveau investie par les troupes américaines au sortir de la seconde guerre mondiale. Elle subit à cette époque de nombreuses dégradations du mobilier.

En 1952 son certificat de propriété aux usines St Gobain est remis en cause par un certain Mr Aubrun affirmant ses droits sur le Château. Une enquête est alors ouverte et aboutit à un non lieu.

En 1961, au commencement des échanges entre la société St Gobain et la ville de Port de Bouc pour une prochaine vente des terrains, la SNCF entre en désaccord avec la commune à nouveau en raison de conflits d’intérêts liés à la propriété des espaces.

Enfin l’acte notarié du 19 octobre 1963 confirme la vente des terrains à la ville de Port de Bouc.

 

1963-2010  Un lieu de vie culturelle

 

Plusieurs activités sont recensées sur la période, à un moment où la ville est devenue propriétaire des espaces et aspire à redonner une nouvelle vie à ce lieu désormais dépossédé de sa fonction première, sans pour autant envisager un entretien régulier des bâtiments conduisant à une dégradation progressive du château.

Pour commencer le terrain est scindé en deux : au nord une partie est réservée à l’accueil du service des espaces verts de la commune (où l’on observe malgré tout un effort de conservation de la destination première de cet espace où étaient placés potagers, arbres fruitiers…etc), au sud le château et sa conciergerie sont restreints dans une surface plus limitée.

Le château est tour à tour un espace d’accueil pour le patronage dans les années 1960 où des jeunes de la ville bénéficient d’un lieu de loisirs, au cours des années 1970 Francis Olive est autorisé à installer au sous-sol son atelier d’artiste aboutissant quelques années plus tard à la mise en place d’un premier espace d’apprentissage des arts plastiques sur la ville accueillant durant près de 30 ans de jeunes port-de-boucains et devenant le quartier général de l’association d’artistes locaux « Art et Créations ». En 1974, les activités de patronage s’interrompent. Puis dans les années 1990 des témoins mentionnent l’organisation dans le parc de nombreux événements musicaux (concerts de rock, DJ…etc).

Devenu un peu malgré lui un lieu culturel incontournable de la ville, la municipalité envisage au début des années 2010 de reprendre la main sur l’aménagement de sa propriété en poursuivant le travail entamé depuis des années autour de la culture et plus principalement des arts plastiques, en décidant, dans un contexte national plébiscitant peu les initiatives politiques culturelles, la création d’un Centre d’Arts.

Le Centre d’Arts Plastiques Fernand Léger est inauguré le 6 octobre 2012

 

            2012 à nos jours  Le Centre d’Arts Fernand Léger

L’établissement municipal souhaité par la ville, en collaboration étroite avec l’association Art et Création a trois missions essentielles :

  • L’enseignement des arts plastiques dans le cadre d’une école municipale reconnue
  • La diffusion de l’art par l’organisation de nombreuses expositions temporaires
  • L’encouragement à la création contemporaine par l’accueil d’artistes en résidence

Il prend alors le nom de Fernand Léger en hommage à l’engagement politique et artistique du peintre en faveur de la classe ouvrière et des notions d’éducation populaire, deux éléments de la mémoire et de l’identité locale essentielle.

Afin d’assurer la vocation de ce nouvel espace municipal, qui est une véritable poursuite et officialisation de l’intérêt des activités menées jusqu’alors,  la ville conçoit en partenariat avec le Conseil Général des Bouches du Rhône, un programme de réhabilitation complet où tous les espaces intérieurs sont repensés pour s’adapter aux besoins, avec un aménagement voué à la conservation d’un maximum d’éléments d’origine à l’image des sols et des cheminées. De même, les façades demeurent intactes, seule la terrasse est agrandie dans un contexte où la pergola originelle n’existe déjà plus, garantissant une cohérence historique du bâti depuis sa création.

 

Laure Flores