La Criée aux poissons de Port de Bouc - Note historique

 
Avant-projet de réalisation du centre ville de Port de Bouc. Archives communales. Droits réservés.

Avant-projet de réalisation du centre ville de Port de Bouc. Archives communales. Droits réservés.

 

La rade de Port de Bouc est un lieu particulièrement apprécié des pêcheurs dès le début du 19e siècle. La population, constituée d’une poignée de matelots, vit au rythme des sorties en mer. Peu à peu, l’aménagement du port, de la jetée, du canal de Caronte, privilégient l’amarrage de petites embarcations de pêche à Port de Bouc. Rapidement, des constructeurs (Vence, Pastré…) s’implantent sur le territoire et une activité maritime prend vie. Elle perdure encore aujourd’hui malgré les difficultés économiques de la filière.

Le développement de la filière pêche, un enjeu de territoire

Au milieu des années 1980, la ville de Port de Bouc a souhaité soutenir la filière pêche locale, secteur économique en plein développement. Profitant du désengagement de Marseille, Port de Bouc investit dans la construction d’un outil destiné à prolonger l’activité halieutique locale, la halle à Marée ou Criée aux poissons.

Liée à l’essor du port de pêche au chalut de Port de Bouc soutenu par le conseil départemental, le Conseil Régional, l’Etat et l’Union Européenne, la Criée est un dispositif permettant de structurer et affiner le marché de la vente des poissons. Auparavant, la zone d’activité était réservée aux petits métiers halieutiques, vendant directement leurs produits sur les quais du port.

C’est en 1985 qu’émerge ce projet. La ville aménage une zone d’amarrage, destinée à une flotte de  20 à 30 chalutiers,  30 petits artisans-pêcheurs, et susceptible d’accueillir des navires issus des zone de Carro à Port Saint Louis du Rhône voire Les saintes Maries de la Mer.

Assurément, le port de pêche de Port de Bouc, déjà le plus actif du quartier maritime de Martigues, se présentait comme l’un des centres de pêche les plus importants du littoral méditerranéen français.  Une étude effectuée par Jean Jacques Mennilo, consultant spécialiste de la filière pêche,  à la veille de la réalisation de la Criée, estimait une production et vente d’environ 5030 tonnes de sardines par an accompagné de 2328 tonnes de poissons de fond, un espoir économique majeur.

«  C’est à partir de là qu’en relation avec les pêcheurs, germa l’idée du projet de port de pêche et d’une criée aux poissons. La municipalité considéra qu’il y avait là en même temps que le service à rendre aux pêcheurs, un atout économique non négligeable. » René Rieubon

La halle aux poissons, un outil au service du port

Dès lors, et alors que des propositions dans ce sens avaient déjà été faite en 1984, un marché est passé avec l’architecte DPLG Emile Pamart, concepteur de la médiathèque de Martigues, installé dans cette ville depuis 1969, et travaillant déjà avec la ville de Port de Bouc via des marchés architecturaux divers (logements municipaux au quartier de la Bergerie notamment). L’architecte propose un bâtiment offrant toutes les dispositions nécessaires au bon fonctionnement d’une halle informatisée sur une surface de 2000 m2 en plein cœur du nouveau port Renaissance, le centre-ville imaginé par l’agence de François Spoerry, architecte de Port Grimaud. La construction a lieu dès l’automne 1987 pour se terminer au début de l’été 1988. C’est la naissance d’une histoire architecturale commune entre les services publics municipaux et l’agence d’Emile Pamart dont le point d’orgue sera, trois ans plus tard, la mise en chantier d’une médiathèque au quartier des Aigues Douces.

L’exploitation d’une halle à marée obéit à une règlementation nationale et européenne et poursuit un objectif bien défini. Son rôle est de faciliter, centraliser et noter légalement le débarquement et la vente à la pesée de la pêche de la flotte dont elle dépend. Elle assure l’enregistrement des transactions (en liaison avec les services des douanes et de la marine marchande), leur publicité, en respectant, autant que faire se peut, les intérêts des mareyeurs et des pêcheurs locaux. Enfin, c’est la Criée municipale qui gère le débarquement et l’enregistrement des produits de la pêche.

 

A son ouverture, le 4 juillet 1988, la criée dispose de 5 magasins alloués à 4 mareyeurs : la Marée Phocéenne (Marseille), Medipêche (Sète), Sogama (Grau du roi), Damico Mareyeurs des Côtes de France (Toulon). L’organisation des Producteurs (Promart) y installe un bureau administratif et le service social de la Marine (commerce et pêche) y tient une permanence régulière.

«  En jouant la carte de la pêche, de sa commercialisation et, peut-être de la transformation de ses produits, la municipalité considère qu’elle s’est donnée un atout sérieux pour la revitalisation de l’économie locale en participant au développement de la pêche en Méditerranée. » René Rieubon

L’infrastructure assure l’ensemble des besoins techniques sur une surface de près de 2000m2 : une zone d’allotissement (400m2), 2 quais de chargement poids lourds, 1 quai de chargement poids légers, une chambre froide positive de 160 m2 , un silo à glace à extraction automatique produisant 20 tonnes par jour, un silo de stockage de 30 tonnes, un pont à bascule de 2 tonnes. L’amphithéâtre est composé de 76 sièges pour les acheteurs équipés de tablettes d’écriture et de bouton pressoir pour achat ainsi que du téléphone.

En mars 1998, la gestion de la halle aux poissons est confiée à une société via une délégation de service public. Cette société, régit le port de plaisance, l’avitaillement en carburant des chalutiers et a contribué au dossier d’aménagement du port, la SODEPORT.

Un patrimoine industriel à valoriser

Mais en 2008-09, la filière pêche subit une crise sans précédent. Les patrons pêcheurs sont contraints de détruire leurs outils de travail, les chaluts restent à quai ou terminent leurs vies en étant purement mis à la casse. Les raisons en sont multiples : crise du prix du gasoil, quotas européens contraignants (mailles des filets élargis, tonnage des poissons restreints…), raréfaction des ressources, manque de main d’œuvre etc…

La Halle aux poissons  de Port de Bouc devenant caduque, la société gestionnaire décide la fermeture du site en 2009 tandis que la société COPEMART perdure dans l’activité d’accompagnement des mareyeurs pour les poissons blancs en particulier.

Qu’elle soit considérée comme un héritage d’une ressource économique passée ou patrimoine architectural contemporain, la Criée aux poissons de Port de Bouc est un trait d’union entre la terre et la mer. Sa préservation a désormais quitté le seul domaine des anciens pêcheurs. Elle est revendiquée de plus en plus par les habitants et touristes de passage. Au-delà des considérations esthétiques liées aux choix architecturaux d’Emile Pamart, la Halle aux poissons est un lieu d’ancrage

des hommes, des travailleurs, des citoyens, au cœur de la ville. L’été dernier, ce patrimoine industriel est devenu objet d’attractivité culturelle. Le centre d’arts plastiques Fernand Léger en partenariat avec Les Rencontres internationales de la photographie d’Arles y a disposé une exposition. Cette dernière a ouvert le champ des possibles avec un public d’un millier de personnes.  Peut-être le prélude d’une reconversion patrimoniale future.